Souvent des personnes me posent cette question :
Pourquoi s’appesantir et travailler sur des émotions
« négatives » telles que la colère, la tristesse, la peur? Pourquoi
chercher à exhumer de nos entrailles psychiques les vielles douleurs (presque)
oubliées? D’autant que la mouvance actuelle, qui se situe dans l’axe de la
pensée positive, de la psychologie positive, du développement personnel, la
spiritualité, nous incite à nous focaliser sur le « positif ».
Ne vaudrait-il pas mieux se concentrer sur le positif?
Nous cherchons tous à donner de l’expansion au meilleur de
nous mêmes. Nous ne voulons pas vivre dans la peur, l’angoisse . Ni être
tourmentés pat une colère qui nous dévore. Nous ne volons pas vivre inhibés,
dans l’immobilité, par peur que le moindre mouvement réveille la douleur
enfouie.
De nombreux aspects de nous mêmes sont en souffrance. Des
personnages intérieurs aspirent à la guérison. Nous les tenons prisonniers dans
l’ombre.
Croyez vous vraiment que cela relève de la pensée positive
que de les ignorer et les traiter avec indifférence. Croyez vous avoir une
attitude « positive » à leur égard en les maintenant confinés dans
l’obscurité. Ne conviendrait il pas plutôt de chercher à les guérir? De les
traiter avec bienveillance et compassion, plutôt que de les exclure.
Est-ce se complaire dans la négativité que de se montrer
positifs et aimants envers tous les aspects de nous mêmes y compris ceux que
nous cherchons à exclure.
Ne conviendrait-il pas plutôt de les accueillir comme des
hôtes qui représentent une part de notre histoire. Des hôtes que nous
accompagnons afin qu’ils puissent se délester de leur charge émotionnelle, sans
perdre de leur vitalité.
Soyons positifs vis à vis de tout ce qui nous habite. Et
acceptons de les traiter avec respect.
Et pour conclure je vous partage ce texte poétique car je le
trouve très en lien avec cette question :
« Mais si, dans votre peur, vous ne cherchez que la paix
de l’amour et le plaisir de l’amour.
Alors il vaut mieux couvrir votre nudité et quitter le champ
où l’amour vous moissonne.
Et aller dans un monde sans saisons où vous rirez, mais
point de tous vos rires,
et où vous pleurerez, mais point de toutes vos larmes. »
(Kalil Gibran. Le prophète. l’amour p 29. Albin Michel).
Réprimer ses sentiments de douleur présente un avantage :
faire disparaître ou atténuer la souffrance. Mais cela présente un inconvénient
majeur : se retrouver dans l’incapacité d’éprouver la moindre bribe de joie ou
de bonheur.
Voilà pourquoi nous remettons de la vie dans nos émotions :
afin de vivre dans le monde des saisons au lieu de s’expatrier « dans un
monde sans saison.
